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Projet de renforcement de la Compétitivité des Micro, Petites et Moyennes entreprises et accès au financement

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Contexte

Contexte du pays

Pays d’Afrique de l’Ouest à faible revenu, la Guinée compte une population de 12,4 millions d’habitants. Elle possède un immense potentiel hydrographique (6000 MW de potentiel hydroélectrique), des terres fertiles (6,2 millions d’acres de terres arables) et un riche potentiel de ressources minérales largement sous exploitées (un tiers des réserves mondiales de bauxite, de l’or, des diamants, les plus grandes réserves inexploitées de fer, du manganèse, du zinc, du cobalt, du nickel et de l’uranium).

La Guinée reste l’un des pays les plus pauvres d’Afrique subsaharienne, bien qu’elle ait réalisé une croissance économique notable depuis 2010. Toutefois, les troubles politiques ont contribué à faire baisser la croissance du produit intérieur brut (PIB) par habitant de 4 pour cent en 2012 à 2,3 pour cent en 2013. Le PIB réel a rebondi à 6,7 pour cent en 2017 contre 5,2 pour cent en 2016 selon les données officielles. Ce rebond a été soutenu par la reprise de la production minière, l’amélioration des performances dans les secteurs agricole et énergétique et les investissements réalisés dans le secteur de la construction. Toutefois, la croissance du PIB par habitant a été en moyenne très faible, se situant à 0,6 pour cent entre 1998 et 2016, soit environ 1,2 point de pourcentage de moins que pour l’Afrique subsaharienne et 3,3 points de pourcentage de moins que pour les pays à revenu intermédiaire.

Le revenu par habitant de la Guinée, qui s’élève à 508 dollars EU (données de la Banque mondiale sur le RNB, 2016), est nettement inférieur à la moyenne régionale de 1,463 dollars EU et se classe parmi les plus faibles au monde. La Guinée se classe au 175ème rang sur 187 pays selon l’indice de développement humain (IDH) (2018) du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). Les pertes sociales causées par l’épidémie d’Ébola ont exacerbé la pauvreté. En moyenne, 55 pour cent de la population guinéenne vivait en dessous du seuil de pauvreté en 2017 (contre 52 pour cent en 2012) et le chômage est élevé, en particulier chez les jeunes et les femmes (Nations Unies, 2018). Le pays a également achevé pour la première fois de son histoire un programme avec le FMI en 2016[1]. Un nouveau programme triennal (2018-2020) pour un prêt non concessionnel de 650 millions de dollars EU au titre de la Facilité élargie de crédit a été conclu avec le FMI en 2017 pour poursuivre les réformes macroéconomiques.

L’économie guinéenne a connu de faibles niveaux de transformation structurelle ces 20 dernières années, avec l’exploitation minière et l’agriculture constituant des secteurs clés de croissance économique. En 2015, le secteur des services représentait 45 pour cent du PIB, suivi de l’exploitation minière (25 pour cent), de la manufacture (10 pour cent) et de l’agriculture (20 pour cent). L’exploitation minière génère 80 pour cent des produits d’exportation, mais emploie moins de 200 000 personnes si l’on inclut également l’exploitation minière artisanale. Le pays est un important exportateur de bauxite, d’or et de diamants. Le secteur de la manufacture est de très petite taille, concentré dans le secteur agro-industriel, les produits manufacturés et les boissons, représentant moins de 9 % du PIB. Le secteur des services est important (19 pour cent) tiré principalement par des activités du secteur informel, marqué essentiellement par le commerce de détail, la construction, les télécommunications et la finance. La structure actuelle de l’emploi (52 pour cent de l’emploi total dans l’agriculture et 34 pour cent de l’emploi total dans les services) reflète le manque de capital humain qualifié, le degré élevé d’informalité et la faiblesse des infrastructures.

Le Plan national de développement économique et social (PNDES) 2016-2020 du gouvernement de la Guinée met fortement l’accent sur le rôle crucial du secteur privé. Il s’appuie sur la vision à long terme du pays (Vision 2040 pour une Guinée émergente et prospère) avec pour objectif déclaré de promouvoir une croissance forte et de qualité qui améliorera le bien-être des Guinéens, suscitera une transformation économique structurelle et mettra le pays sur la voie du développement durable. Le PNDES souligne que « l’accès à des crédits bancaires et des services financiers diversifiés et adaptés aux besoins du secteur privé » est l’une des principales priorités du programme de développement. Le PNDES met également l’accent sur « le renforcement de l’économie numérique comme facteur indispensable de développement et secteur transversal à effet multiplicateur direct sur l’ensemble des autres secteurs de l’activité économique ». Une stratégie nationale d’inclusion financière pour les cinq prochaines années a été rédigée et devrait être approuvée par le Parlement en 2019.

Pour soutenir cet objectif, le cadre de partenariat avec les pays de la Banque mondiale (CPP)[2] a conçu son programme 2018-2022. Le CPP est volontairement sélectif, tirant parti des avantages comparatifs du GBM et des synergies avec les partenaires au développement. Ses trois piliers sont :

Gestion financière et des ressources naturelles ;

Développement humain et Productivité agricole et diversification économique.

En résumé, l’objectif fondamental du CPP est d’aider la Guinée à réaliser son énorme potentiel en matière de développement grâce à des interventions spécifiques visant à stimuler la productivité, à renforcer les capacités et à soutenir la compétitivité du secteur privé.

Contexte sectoriel et institutionnel

Développement du secteur privé en Guinée

Une étude récente financée par la Banque Africaine de Développement (BAD), le Programme de Développement des Nations Unies (PNUD) et l’Agence Guinéenne de Promotion de l’Investissement privé (APIP) a montré que plus de 90 pour cent du secteur privé guinéen est constitué de micro ou de petites entreprises informelles évoluant dans les secteurs de l’agriculture, du commerce ou des services, avec de faibles salaires (moins de 50 dollars par mois) et de faibles taux d’alphabétisation (25 pour cent). On estime que 80 pour cent de la main-d’œuvre travaille dans ce secteur. La même étude définit une MPME en Guinée comme étant une entreprise comptant 5 à 100 employés et ayant un chiffre d’affaires annuel compris entre 65 millions et 2,000 millions de francs guinéens (soit 6,500 à 200,000 dollars EU), ce qui suggère que les MPME guinéennes ne constituent pas un groupe homogène. Elles diffèrent par leur taille, leur degré de formalisation, leur expérience, leurs positions sur les marchés et leurs besoins en termes de financement. Le secteur des MPME, qui peut être classé en fonction de sa taille et de sa croissance, présente globalement cinq (5) segments de MPME, à savoir :

1) les petits entrepreneurs par nécessité ;

2) les entrepreneurs à croissance modérée ;

3) les start-ups à forte croissance ;

4) les MPME axées sur les opportunités ; et

5) les gazelles[3] (Graph 1).

Graph 1 : Répartition du secteur prive guinéen

Bien que 98,1 pour cent de l’ensemble des entreprises (et plus de 98 pour cent des petites entreprises) aient accès à un compte chèque ou à un compte d’épargne, seuls 3,9 pour cent ont un prêt bancaire ou une ligne de crédit (contre 21,6 pour cent en Afrique subsaharienne). Seulement 2,5 pour cent des petites entreprises et 8 pour cent des entreprises de taille moyenne ont un prêt ou une ligne de crédit. Dans l’ensemble, les investissements des entreprises en Guinée sont principalement financés sur ressources internes (92 pour cent) contre 2,8 pour cent par les banques. De plus, les garanties demandées pour un crédit demeurent élevées, supérieures à 150 pour cent du montant du prêt.

En général, les micro-entreprises ont des petits besoins financiers que les banques trouvent souvent difficile à accorder (montant des crédits trop faibles). Les coûts de transaction des petits prêts sont soit équivalents, soit supérieurs à ceux associés aux prêts plus importants, et le niveau des prêts non productifs octroyés aux MPME est très élevé. En outre, les MPME sont moins susceptibles de générer des revenus de commissions sur d’autres services utilisés par les grandes entreprises (comme les lettres de crédit). Les bénéfices générés des prêts aux petites entreprises sont beaucoup moins élevés que ceux tirés des prêts plus importants. Par conséquent, les banques commerciales sont réticentes à s’engager sur le marché des prêts aux MPME, marché mal connus et considérés comme risqué. Les IMF jouent un rôle important en fournissant des petits crédits aux très petites entreprises, dont la plupart sont des commerces de rue.

Le secteur de la microfinance est très concentré et fait face à d’importants défis. Ce secteur se compose de 10 coopératives de crédit (catégorie 1), de 10 organisations d’épargne et de crédit concentrées sur un groupe cible (par exemple, la microfinance rurale) (catégorie 2) et de cinq (5) établissements de microfinance types ouverts (ONG et associations). Tous sont réglementés par la BCRG. En 2017, les IMF ont mobilisé un total de dépôts d’épargne de 336 milliards de francs guinéens (soit 37 millions de dollars EU) (20 pour cent de plus qu’en 2016) et un portefeuille d’encours de crédit de 316 milliards de francs guinéens (soit 34 millions de dollars EU) (taux de 29 pour cent supérieur à celui de 2016). Le secteur de la microfinance est concentré dans quatre grandes IMF (Crédit rural de Guinée, qui représente à lui seul environ 60 pour cent du marché, Cofina, Finadev et Yete Mali) qui totalisent 90 pour cent de la clientèle, 96 pour cent des dépôts et 87 pour cent de l’encours du crédit en 2016. La situation actuelle du secteur de la microfinance est caractérisée par un rebond, à la suite de la crise Ébola qui avait dévasté le secteur de la microfinance, en particulier les petits établissements. Dans les zones affectées, toutes les petites IMF ont fortement réduit leur interaction avec les clients en 2014 et 2015, cessant à la fois les recouvrements et les avances. Malgré la reprise, le secteur fait face à plusieurs défis, notamment des contraintes de financement, des coûts opérationnels élevés, des systèmes d’information et de gestion[1] déficiente, ainsi qu’une capacité et une expertise de gestion limitées.

Des réformes importantes du cadre légal et réglementaire de la microfinance et de la monnaie électronique ont été introduites en 2017. Avec l’aide de la Banque mondiale et le financement de l’initiative FIRST, une nouvelle loi sur les services financiers inclusifs a été approuvée par le Parlement en juillet 2017 et est entrée en vigueur en juin 2018. La loi introduit de nouvelles réglementations régissant l’activité et le contrôle des établissements de microfinance ainsi que des établissements de monnaie électronique et des services financiers des services postaux guinéens. Plus précisément, la loi a introduit : i) des pouvoirs de résolution pour le régulateur du secteur financier (BCRG) ; ii) des mesures prudentielles et non prudentielles plus strictes telles que la protection des consommateurs ; et iii) une surveillance renforcée, y compris un outil dérivé de l’approche « CAMELS ».

Promouvoir les services financiers numériques pour améliorer l’accès au financement

La Banque mondiale a financé de 2014 à 2017 le Projet d’appui aux MPME en Guinée (PAPME) en collaboration avec la BAD, qui a permis de mettre en place un cadre pour un système national de paiement moderne, sûr et efficace. Le projet de développement des MPME (P128443) a financé une assistance technique pour la mise en place d’une unité de supervision des systèmes de paiement à la BCRG (et d’un centre de secours) tandis que la BAD a financé le système interbancaire pour les transferts électroniques de paiements (une chambre de compensation automatisée et un système de règlement interbancaire des paiements de masse (RTGS) Toutefois, en l’absence d’une plateforme de switch national, l’interopérabilité reste inexistante. En 2011, la Banque centrale avait créé la Guinéenne de Monétique (GUIM) pour assurer l’interopérabilité des paiements électroniques, mais celle-ci n’a pu être opérationnelle du fait de problèmes liés à défaillance du système de gouvernance en place. Cette situation crée d’importants défis dans le développement de l’infrastructure de paiement de détail et limite l’accès des particuliers, des petites entreprises et du grand public au financement. Le rapport sur les Aspects de l’inclusion financière liés aux paiements (PAFI) souligne qu’un système de paiement solide, efficace et dynamique contribue à la promotion de l’accès au financement.

Les services financiers numériques sont utilisés par seulement deux 2 millions d’abonnés, ce qui est en deçà du potentiel du secteur. Alors que trois émetteurs de monnaie électronique (Orange, MTN et PAYCARD) ont obtenu une licence, l’offre de services stagnent au niveau des transferts et des paiements, n’atteignant pas les services de deuxième génération ciblant le crédit et l’épargne grâce à un secteur financier plus intégré. En conséquence, plusieurs titulaires de comptes d’argent mobile tombent dans l’inactivité, ce qui accroît le pourcentage de comptes inactifs. Cette situation est principalement due à l’absence d’une concurrence saine entre les parties prenantes, qui pourrait déclencher des modèles commerciaux novateurs et alternatifs pour répondre aux besoins financiers des MPME et des particuliers.

L’absence d’une plateforme de paiement de détail interopérable entrave l’accès aux services financiers numériques en Guinée. La mise en place de la plateforme numérique permettra l’interopérabilité de la monnaie mobile (e-money) et par conséquent une plus grande intégration des transactions numériques. Des fournisseurs de monnaie mobile tels qu’Orange et MTN pourront rejoindre la plateforme en tant que participants directs aux côtés des banques et des institutions de microfinance qui pourront rejoindre la plateforme à un stade ultérieur. Au total, la plateforme réunira 15 banques, 3 émetteurs de monnaie électronique et au moins 15 institutions de microfinance, créant ainsi un écosystème dynamique de services financiers numériques. Les résultats attendus de cette transformation numérique sont (i) d’accroître l’accès et l’utilisation des services financiers, notamment les services sociaux et les paiements publics, (ii) de réduire les coûts des transactions individuelles et (iii) de contribuer in fine à la croissance du PIB.

En plus, la plateforme numérique contribuera à remédier à l’asymétrie de l’information qui entrave l’accès des MPME au crédit. La plateforme numérique constituera une énorme base de données et d’analyses sur les consommateurs qui pourra éventuellement éclairer la prise de décisions des prêteurs. La gestion de la plateforme numérique sera sous la responsabilité d’une société distincte créée, dirigée et supervisée par la Banque centrale qui a pour mandat d’accroître l’inclusion financière, comme indiqué dans leur Déclaration Maya. La loi sur la cybersécurité et la protection des données (N. L / 2016/037 / AN)[2] approuvée par le Parlement en juillet 2016 régira le partage des données et des analyses relatives aux consommateurs. La loi introduit des droits sur la protection et la confidentialité des informations et favorise la transparence du partage de l’information et les droits des consommateurs. La loi transforme les consommateurs en «clients».

Dans le secteur de la microfinance, l’absence de systèmes d’information de gestion automatisés et performants entrave la capacité des IMF à adopter la numérisation de leurs opérations. Néanmoins, du fait de l’important potentiel en termes de portée de ces établissements – les IMF en Guinée sont des contributeurs essentiels à l’accès au crédit avec 415 milliards de francs guinéens de prêts accordés au secteur privé – leur contribution à l’accès au financement pour les MPME est entravée par l’absence de modernisation des opérations de front office et de back office. La plupart des MPME connaissent des difficultés financières et n’ont pas la capacité d’investir dans d’autres modes de prestation novateurs.

Renforcement de l’infrastructure financière de la Guinée pour soutenir l’accès au financement

Outre les contraintes identifiées ci-dessus, les asymétries d’information représentent un défi de taille pour les MPME les empêchant d’obtenir financement extérieur adéquat et de soutenir leurs activités productives. Les systèmes d’évaluation du crédit s’attaquent au problème de l’asymétrie de l’information entre les emprunteurs et les prêteurs et, ce faisant, contribuent à l’amélioration de l’accès au financement. L’accès des prêteurs à des informations précises sur les MPME renforcerait leur capacité à évaluer la solvabilité des MPME et d’estimer le risque crédit en se basant sur des données historiques fiables, complètes et centralisées. Cela pourrait contribuer à alléger les contraintes de financement des banques sur leur portefeuille MPME, ce qui se traduirait par une baisse du coût du crédit.

La Guinée a récemment apporté des changements positifs à l’infrastructure du secteur financier, mais cette infrastructure a besoin d’être renforcée pour promouvoir l’intermédiation financière. Avec l’aide du Groupe de la Banque mondiale, une modernisation de la Centrale des risques (CdR) a été entreprise en 2017 afin de développer un système de partage d’informations (Système d’information de crédit (SIC)). Bien que ce système constitue une amélioration dans la mesure où il permet l’automatisation complète du partage des données entre les banques et la BCRG, il n’est pas complètement exploitable, principalement du fait des retards accusés dans la fourniture des données par les prêteurs, en particulier les institutions de microfinance (IMF) qui ne possèdent ni l’infrastructure technique ni la capacité financière pour s’engager et assurer le partage obligatoire des données avec le SIC. En juin 2018, seuls 2,236 emprunteurs (1,659 particuliers et 577 entreprises) faisaient partie du SIC. Une évaluation du SIC préparée en août 2018 a souligné les limites fondamentales, mais cruciales du système actuel : (i) aucun contrôle automatisé de la qualité et de la validation des données n’est effectué par le système ; (ii) le système n’étant pas doté d’un algorithme d’appariement, les cas d’homonymie doivent être traités manuellement ; (iii) en raison de l’absence de contrôles automatisés de validation et d’audit de la qualité des données, il n’existe aucune fonctionnalité pour les « rejets », (iv) aucun historique du crédit (données granulaires) sont disponibles, seulement un chiffre global sur l’exposition totale, etc. De plus, l’absence d’un registre des suretés crée un frein majeur, en termes de coût et de temps, à l’origination et à l’exécution des transactions de crédit[3]. Le cadre juridique actuel des opérations garanties en Guinée est aussi éparpillé dans diverses lois et réglementations et nécessite d’être consolidé[4].

C. Pertinence par rapport aux objectifs de niveau supérieur

Appui au Plan national de développement du secteur privé

Le projet contribue au Plan National de Développement Economique et Social 2016-2020 de la Guinée (PNDES) qui fait de l’appui au développement du secteur privé une priorité absolue pour atteindre ses objectifs de lutte contre le chômage des jeunes, d’intégration des femmes et de réduction de la pauvreté. Plus précisément, l’on s’attend à ce que les MPME stimulent la croissance économique, la création d’emplois et de richesse, ainsi que l’inclusion sociale en tirant parti des possibilités offertes par les secteurs à forte croissance et les chaînes de valeur. Le projet proposé apportera un soutien aux MPME de Guinée en contribuant à renforcer l’appui institutionnel, l’accès au marché, les services de développement des entreprises et les services financiers.

Contribution aux objectifs du CPP

Le projet vise à atteindre l’objectif du Cadre de Partenariat Pays (CPP) qui est de favoriser le développement du secteur privé en mettant un accent particulier sur les secteurs susceptibles de soutenir la croissance rapide des MPME dans la zone urbaine de Conakry. Le projet permettra d’intégrer les MPME locales dans la chaîne d’approvisionnement des grandes entreprises au profit de ces premières en leur offrant des opportunités de croissance de revenus qui, à leur tour, contribueront à remédier aux facteurs de fragilité urbaine, notamment au chômage des jeunes et à l’inclusion des femmes. Le projet travaillera en collaboration avec les associations industrielles locales et les organismes gouvernementaux compétents pour identifier et prioriser les chaînes de valeur à forte croissance en zone urbaine autour desquelles un système de développement des MPME à deux niveaux pourrait être mis en place. Le premier niveau mettra en rapport les entreprises locales établies et les grandes multinationales, tandis que le second niveau mettra en rapport les MPME locales et les grandes entreprises locales établies. L’appui du projet à la croissance des activités des MPME tournera autour de l’accès à des services de développement des entreprises de qualité et à l’assistance technique.

Le projet soutient l’objectif du CPP qui est de s’attaquer aussi aux contraintes auxquelles sont confrontées les MPME pour ce qui concerne l’accès aux services financiers, y compris la promotion de l’utilisation de la technologie mobile. Il soutiendra l’accès des MPME au financement et favorisera l’objectif du CPP consistant à soutenir le développement du marché de l’argent mobile, c’est-à-dire son intégration harmonieuse dans le paysage financier. Plus précisément, il comprendra un soutien visant à faciliter l’accès des entrepreneurs et des MPME au crédit, en mettant un accent sur le soutien à l’entreprenariat féminin.

Le projet appuiera l’objectif du CPP visant à maximiser l’accès aux possibilités d’emploi grâce à l’entrepreneuriat, en mettant l’accent sur les jeunes citadins. Dans ses efforts pour soutenir l’entrepreneuriat, le projet proposé sera aligné étroitement avec le projet de perfectionnement des compétences financé par la Banque mondiale afin de renforcer l’approche du CPP proposée pour soutenir l’expansion du secteur de l’enseignement et de la formation techniques et professionnels (EFTP) pour fournir aux jeunes remplissant les conditions, les compétences adéquates pour lancer et développer leurs activités commerciales dans les secteurs à forte croissance.

Le projet vise à maximiser les financements pour le développement (MFD) en tirant parti des solutions existantes et éprouvées de l’IFC en termes de prêts aux MPME et de services consultatifs personnalisés pour les établissements financiers ciblant ces MPME. Les outils de financement envisagés seront fournis dans le cadre du guichet IFC-MIGA de promotion du secteur privé pour l’IDA18 (PSW-IDA), créé en 2017 sur la base de la reconnaissance et de la compréhension du secteur privé qui joue un rôle essentiel dans la réalisation des objectifs de développement durable et de la nécessité d’atténuer les risques pour le secteur privé, afin d’accroître son ampleur. Un mécanisme conjoint de partage des risques (RSF) entre l’IDA et l’IFC sera créé pour encourager des institutions financières participantes (banques et institutions de microfinance) à servir des MPME en atténuant partiellement le risque une couverture de première perte. (« first loss risk sharing facility »).

Accès limité au financement pour les MPME

L’accès limité aux ressources financières constitue le principal obstacle au développement et à la croissance des MPME en Guinée. Selon la dernière enquête de la Banque mondiale sur les entreprises (2016), 30 pour cent des entreprises considèrent l’accès au crédit comme une contrainte majeure pour les entreprises en Guinée (contre 42 pour cent en Afrique subsaharienne).

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Source :  Dalberg (2018) using APIP, Transformer le potentiel de la Guinée en prospérité pour le peuple Guinéen: 2016-20.

L’écosystème guinéen des MPME est faible par rapport à celui des autres pays de l’Afrique subsaharienne (ASS). Cela s’explique principalement le niveau élevé d’informalité, le manque de culture entrepreneuriale, le manque de professionnels qualifiés, l’accès limité à des services d’aide au développement des entreprises (BDS) et des services financiers de qualité. Pour accroître le nombre de MPME à forte croissance en Guinée capables de créer des emplois durables, il faut développer des BDS de qualité ainsi qu’une infrastructure et des solutions financières permettant de favoriser l’accès à des financements nécessaires à leur croissance. Il importe également d’accroître le nombre et la capacité des centres d’incubateurs, d’accélérateurs et de démarrage, qui sont importants pour créer un afflux constant de futures MPME à forte croissance.

Le taux élevé d’informalité crée une concurrence déloyale pour les MPME qui fonctionnent de façon formelle, facteur qui, à son tour, crée une démotivation empêchant les petites MPME informelles de se formaliser. Le régime fiscal, la durée et le coût des procédures sont des facteurs dissuasifs importants qui ont un effet inhibiteur sur la formalisation des MPME. En outre, les MPME en Guinée ne sont pas bien informées sur les services qui leur sont offerts, notamment sur les débouchés commerciaux, les services financiers ou les réglementations gouvernementales qui leur sont favorables. Une étude réalisée en 2016[1] a révélé que près de la moitié des MPME guinéennes (46 pour cent) estiment que le gouvernement ne comprend pas leurs besoins, contre 28 pour cent qui pensent le contraire. De même, 63 pour cent des MPME estiment que le gouvernement ne déploie pas suffisamment d’effort en faveur de la promotion des MPME comparativement aux pays voisins comme la Côte d’Ivoire ou le Sénégal. Soixante-douze pour cent des MPME interrogées ne connaissent pas les services liés aux MPME offerts par le gouvernement et 89 pour cent ne connaissent pas le nouveau code des investissements pour les MPME.

Un climat des affaires défavorable

Le développement du secteur privé est considérablement entravé par la faiblesse de l’environnement des entreprises et le manque d’accès au financement, qui se traduisent par de faibles niveaux d’investissement privé. Certes, le gouvernement guinéen a pris des mesures positives au cours des cinq dernières années pour améliorer l’environnement des affaires (un Code des investissements et ses décrets d’application ont été adoptés en 2015 ; un cadre réglementaire et législatif pour la promotion de la production industrielle a été élaboré ; la Charte nationale des MPME, la Politique nationale de la qualité et la Stratégie nationale pour la promotion de la propriété intellectuelle ont été adoptées ; le taux de la taxe d’enregistrement des entreprises a été ramené de 5 à 2 pour cent pour encourager les nouvelles entreprises). Cette initiative a contribué à améliorer le classement Doing Business du pays, qui est passé du 163ème rang en 2017 au 153ème sur 190 pays en 2018.

Un écosystème entrepreneurial sous-développé

La note attribuée à l’écosystème entrepreneurial des MPME de la Guinée est en deçà de celle de la plupart des autres pays d’Afrique de l’Ouest, selon l’Indice mondial de l’entreprenariat (130ème rang sur 137 pays) et l’Indice mondial de l’innovation (119ème rang sur 126 pays). Toutefois, au cours des trois dernières années, on a assisté à une augmentation du nombre d’intermédiaires non financiers et financiers tels que les incubateurs (Saboutech, Osez entreprendre) qui sont en mesure de fournir une large gamme de services pour soutenir l’essor des entrepreneurs et des start-ups. L’accès à des capitaux aisément disponibles constitue une contrainte majeure au développement et à l’expansion de ces start-ups à fort potentiel de croissance. Le projet proposé utilisera l’approche de maximisation des financements pour le développement (MFD) pour catalyser un marché du capital-risque afin de promouvoir de futurs champions en Guinée. Des solutions de financements viables pour les start-ups, telles que les fonds de pré-amorçage et d’amorçage, seront drainées par le biais d’institutions d’appui à l’entreprenariat mobilisant des investissements privés, en plus d’un investissement stratégique effectué dans l’ensemble de l’écosystème pour soutenir les prestataires de services aux entreprises afin de leur permettre de créer des entreprises de meilleure qualité et en nombre plus élevé ainsi que de leur fournir les services nécessaires pour réussir.

Le secteur financier en Guinée

Le secteur financier guinéen est dominé par le secteur bancaire qui représente plus de 90 pour cent du total des actifs du secteur financier. Le secteur financier se compose de 16 banques commerciales privées, 25 institutions de microfinance (IMF), 10 compagnies d’assurance, 42 bureaux de change et 33 prêteurs. Il est presque exclusivement constitué de filiales de groupes étrangers (deux groupes français, huit groupes issus de la région de l’Afrique de l’Ouest, un groupe de la région de l’Afrique centrale, 1 banque privée malgache et 4 groupes de la région MENA). Trois banques dominent le marché et détiennent plus de 57 pour cent des actifs, 62 pour cent des dépôts et 57 pour cent des prêts.

Le pourcentage du crédit au secteur privé par rapport au PIB s’élevait à 10,7[2] pour cent en 2016 (source : FMI), soit un niveau inférieur à la moyenne régionale en Afrique subsaharienne de 28,5 pour cent et l’un des plus bas de la région après le Tchad. L’encours total des crédits du système bancaire a atteint 7, 473 milliards de francs guinéens (environ 829 millions de dollars EU) à fin 2017, soit une augmentation de 6,4 pour cent par rapport à l’année précédente.

Selon les données disponibles, le système bancaire guinéen est globalement en bonne santé, mais confronté à plusieurs défis. En effet, le secteur bancaire présente des indicateurs agrégés favorables en juin 2018, avec un ratio fonds propres réglementaires/actifs pondérés en fonction du risque (CAR) de 17 pour cent (taux supérieur à l’exigence de 10 pour cent) ; la rentabilité demeure solide (avec un rendement de l’actif (RDA) et un rendement des capitaux propres (RCP) de 2,1 pour cent et de 17 pour cent respectivement, des taux bien au-dessus de la moyenne régionale, et un ratio de prêts non productifs (PNP) en amélioration à 8,7 pour cent). À la suite des conditions de liquidité resserrées en 2016 et jusqu’au début de l’année 2017, la liquidité du système bancaire a commencé à s’améliorer au second semestre de 2017. La réduction du taux de réserves obligatoires de 18 à 16 % en mars 2017 a permis de libérer de la liquidité dans le système bancaire. En outre, la reprise de la croissance annuelle des dépôts (environ 13 pour cent en 2017, qui s’est poursuivie à 17 pour cent) au premier trimestre de l’année 2018, a amélioré la liquidité des banques.

Le niveau de risque associé au portefeuille de prêts est sous-estimé. Les banques provisionnent et reclassent rapidement les prêts restructurés en prêts productifs. Les banques guinéennes connaissent une rentabilité substantielle du fait des taux d’intérêt réels négatifs sur les dépôts, des écarts de taux d’intérêt élevés (+18,2 points de pourcentage) et des frais bancaires (les banques guinéennes ont indiqué qu’environ 40 pour cent de leur personnel est improductif, ce qui pourrait expliquer les coûts élevés d’intermédiation). Cette situation s’explique par le faible niveau de revenu, le manque de concurrence (les trois plus grandes banques représentent environ 75 pour cent des actifs du secteur bancaire), l’accès physique limité aux établissements financiers et d’autres obstacles au crédit tels que la faiblesse des cotes de crédit, les droits de propriété et les procédures de faillite. Enfin, l’amélioration des conditions de liquidité dans le système bancaire n’a eu qu’un impact limité sur le crédit à l’économie.

Les emprunts massifs de l’État auprès des banques commerciales contribuent à restreindre le crédit au secteur privé. Entre 2016 et le premier trimestre de l’année 2018, les prêts des banques commerciales à l’État ont augmenté de plus de 42 pour cent, tandis que les prêts au secteur privé baissaient de 3,1 pour cent. En raison de besoins de financement budgétaire beaucoup plus importants que prévu, les prêts des banques commerciales au gouvernement ont augmenté de 16,5 pour cent en 2017 (moyenne, d’année en année). En outre, les prêts des banques commerciales ont augmenté de 2,8 pour cent au premier trimestre 2018 (par rapport à fin 2017) pour financer le remboursement des arriérés de dépenses accumulés en 2017.